Octobre 2010

 

C’est la rentrée, la rentrée des classes !

Croyez-moi, c’est « chouette » la rentrée des classes : les enfants, chargés de leur cartable, oublient de courir autour de l’église, d’y refaire le « Tour de France » perchés sur leur vélo. Très sympas, ces gosses, bien qu’un peu bruyants parfois et peu soucieux de mon sommeil, sur une poutre du clocher. Deux fois par jour, ils déambulent maintenant dans le village et se retrouvent à l’école pour apprendre à lire, écrire et compter.

Cet automne, c’est décidé : je vais, moi Etiennette la chouette, apprendre à lire !

D’accord, il n’y a pas de livre à mon intention ! Seulement des pages et des pages de journaux, étalées sur le sol par les Compagnons, au cas où je …m’oublierais ! Et puis, récemment, j’ai retrouvé une partie de mon « bréviaire préféré » : un morceau du panneau en plastique brun-fumé, arraché du pilier en haut de la ruelle, il y a deux ans. On pouvait y lire un résumé de l’histoire de ma demeure. Le temps qui passe et la pluie ont eu raison de la couche de béton recouvrant ce vestige devenu « support-béton horizontal », utilisé irrespectueusement par un humain très pressé de terminer son travail, quitte à masquer définitivement des informations historiques.

 

                             

 

 

Pour mon apprentissage de la lecture, je comptais aussi sur les panneaux du Sentier Botanique, bourrés d’inscriptions passionnantes, vu le nombre de promeneurs qui empruntent le parcours. Seulement, il y a un « hic » : un tiers de mon « matériel pédagogique » a disparu, arraché par des (petites ? ) mains stupides, parfois jeté dans un pré voisin. Les deux tiers encore « in situ », plus éloignés du village, font de la résistance,  mais pour combien de temps encore ?

Certes, j’en veux beaucoup à ces jeunes humains désœuvrés mais aussi à cette « loi du silence », du « pas vu-pas pris », du « c’est-pas-à-moi-donc-je-casse » !

 

 

Je tente aussi d’apprendre à compter depuis quelques mois :

 Je comptais cet été les cars de visiteurs, les groupes de marcheurs, les promeneurs du dimanche, les pèlerins sur le chemin de Compostelle, … De nombreux curieux ont profité des beaux jours d’octobre pour ….se contenter de faire le tour de mes appartements, sans pouvoir y entrer, hélas ! Se contentant de faire des photos de l’extérieur, ils sont repartis, leur guide touristique allemand, hollandais, belge sous le bras.  Ces guides, du type « vert Michelin », ouverts à la page « Servion », lus à haute voix par leur propriétaire, m’ont peu à peu perfectionnée en langues étrangères, à mon insu, pendant mon sommeil. Combien de villageois ont déjà pris conscience de l’intérêt de ma demeure ? Les étrangers, eux, nous l’envient ! Serions-nous à la fois aveugles et  sourds à leurs remarques ?

 

Comme certains de mes congénères migrateurs, les touristes vont oublier mon édifice pendant la mauvaise saison. Seule, je vais rester, entourées de mes copines les chauves souris, endormies dès les premiers froids. La tondeuse à gazon de la commune va migrer, elle aussi, au fond d’un local d’hibernation, épargnant les roses trémières décapitées à chaque passage par un humain qui veut les exterminer à tout prix, malgré la protestation des Compagnons ! Ces mêmes Compagnons ont pourtant, pendant de longues années, fleuri et entretenu les abords de l’église. Ils voient aujourd’hui les vestiges de leur travail disparaître par la volonté d’une seule personne : le conducteur de la tondeuse !

 

Avant de vous quitter, je vous invite, de votre « tipi », à guetter le ciel régulièrement, à la découverte des signaux de fumée.

On n’arrête pas le progrès, à Rouvroy, notamment au niveau de la communication : une fumée blanche à l’ouest, une noire à l’est, une marron au milieu du village, ….et la sonnerie du téléphone retentit chez M le Maire !

 Un peu de bon sens et de civisme seraient pourtant suffisants et respectueux du linge qui sèche, des fenêtres ouvertes des voisins, de la nature, en se contentant de brûler des végétaux en dehors des lotissements. D’ailleurs, il est parfois dangereux de survoler une simple cheminée que le propriétaire confond avec une centrale thermique « tout combustible » : des émanations malodorantes me font tousser et pleurer et leur nocivité évidente met en péril la santé de tous, même si la fumée reste discrète.

Sur ce, je vous laisse car j’ai fort à faire : automne, chute des feuilles, noix et noisettes, attirent souris et « assimilés » ! Et, mon « dépôt de  carburant » perso se trouve dans vos jardins, prés bordés d’arbustes et lisières de forêt. Pas de pénurie annoncée à ce jour mais la concurrence est rude ! Alors, à bientôt, pour préparer Noël !

Affectueux coups de bec d’Etiennette !

 

 

 

 

 

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