Juillet 2009

ETIENNETTE, LA CHOUETTE DU CLOCHER

 

Bonjour, je me présente : Etiennette, la reine du clocher,

                                                 la Dame Blanche de Servion,

                                                 l’oiseau fétiche de la Déesse Athéna,

                                                 symbole de la Sagesse !

Mais faisons simple : je suis « chouette », chouette  Effraie , s’il vous plait !

Donc : grosse tête en forme de cœur, longues pattes munies de doigts puissants avec des serres bien développées, plumage généralement fauve, crème ou blanc, ….

C’est moi ! Vous ne me reconnaissez pas ? Lisez donc ce qui suit !

 

 

Depuis plusieurs années, j’habite à Rouvroy sur Audry, dans le clocher de l’église de Servion, un lieu classé « Monument Historique » !

 Je me perche tour à tour sur les grosses poutres en bois de la nef, sur la « tête » de Eugène Alice, la cloche , sur le dessus de l’autel, sur les grilles du cimetière, entre « liberté » et « égalité » ; D’ailleurs, l’employé communal est en train de les repeindre dans son atelier. L’hiver, c’est le calme plat : pas de touristes, pas de Compagnons !

Dès les premiers beaux jours, par contre, les Compagnons débarquent, vers 15 heures, après leur sieste, quand je dors encore profondément. Ils roulent les feuilles de journaux installées à l’automne pour ramasser mes pelotes de réjection (=vomis) et mes productions naturelles quotidiennes ! Désolée, mais à chacun ses habitudes !

Puis ils balaient, passent l’aspirateur, manient la tête de loup, lavent les carrelages, …font beaucoup de bruit avant de s’installer autour d’une table pour  discuter en buvant un liquide noir et chaud dans une tasse ou froid dans un verre . Sans oublier tarte et petits gâteaux qu’ils dévorent allègrement !  

J’ai cru comprendre qu’ils préparaient la nouvelle saison, celle qui signifie : visites, animations, musique, ….dérangements multiples donc ! Mais je suis une partageuse et c’est de bon coeur que je m’éloigne le plus souvent possible ou me fais très discrète, cachée dans une meurtrière. Mais, si l’occasion est trop belle, j’interviens et me montre, rapidement bien sûr, juste le temps d’effrayer un visiteur ou, au contraire, d’en ravir un autre ! Les enfants adorent m’apercevoir ! Parfois, je m’invite au spectacle ….traverse l’édifice en plein concert, un jour de grand vent et de pluie battante, frôlant à peine quelques têtes, pour me dissimuler aussitôt.

Très émue de l’effet de mon intervention imprévue, je fus instantanément prise de coliques et ….plaf ! sur le tailleur d’une dame ! Un peu sur sa tête aussi ! Ce cadeau inattendu a dû lui plaire car elle est revenue depuis !

Avant moi, mes parents, mes garnds-parents, donc un grand nombre de mes ancêtres, squattaient déjà ces lieux ; Pendant de longues fins d’après-midi d’hiver, avant de partir chasser, ils se sont « chuinté» les événements de la région , transmis les légendes de mère en fille, raconté les potins locaux, …..

Pas de téléphone ou d’internet mais un super réseau de cousins qui, du clocher de Neufmaison, des combles  du château de L’Echelle, de la maison forte de Remilly, ….se transmettaient les informations.

Ma graaaand-mère, Dame Servionne, m’a tout expliqué, rabâché de jour en jour. Une vraie commère, comme il en reste parfois dans les villages. Mais une gentille commère, un peu curieuse mais jamais médisante et toujours prête à rendre service !

Je chasse la nuit dans des étendues cultivées ou des prairies pour capturer des rongeurs : campagnols, musaraignes, mulots, rats. Eventuellement, je complète mon alimentation avec des petits oiseaux, des chauves-souris, des lapins, …

Par contre, je ne consomme jamais les fraises sauvages et je vous conseille d’en faire autant : les renards qui rôdent autour de vos maisons sont porteurs d’un virus dangereux qui nage dans  leur urine. Imaginez la suite : pipi sur fraises, fraises dans votre bouche et ….virus qui attaque votre foie ! Une autre solution, peut-être ? Traiter au désherbant tous les espaces verts ! C’est efficace, rapide mais tellement polluant ! Et ça, les humains l’oublient souvent !

Donc, à la nuit tombée, je me secoue les plumes et prends mon envol, l’estomac vide. Mais prudence ! Lignes électriques et trafic routier nous guettent. Effectuer quelques « piqués », de nuit, dans la rue principale de Rouvroy, à la recherche d’un rongeur effronté, est tout simplement suicidaire : les camions pressés se succèdent à grande vitesse et nous aveuglent de leurs phares puissants. Dame Servionne, mon illustre grand-mère, a souvent mis en garde sa progéniture : « Les humains croient que nous leur portons malheur ; S’ils vous attrapent, vous serez clouées aux portes des granges. Alors, évitez-les ! » De nos jours, c’est aplatie sur un pare-brise ou écrasée contre un pare-choc que je risque de perdre la vie !

Dès l’arrivée des  premiers beaux jours, j’ai rendez-vous, les soirs de pleine lune, avec mon amoureux. Je pars donc à tire d’aile, à la nuit tombée, me percher sur le bord de l’abreuvoir, place de Servion ; J’ai l’intention d’y vérifier l’esthétique de mon plumage en me mirant dans l’eau fraîche et transparente. Que nenni ! L’abreuvoir est « désabreuvé » ! A sec ! La dalle du fond est tombée à terre. Il me reste la solution d’un vol plané rapide au-dessus d’une flaque d’eau savonneuse (l’éléphant bleu est passé par là !) avant de rejoindre mon cher et tendre. Depuis cette nuit de mars, je survole, à chaque pliene lune, mon miroir-abreuvoir. Mais hélas ! trois fois hélas ! Il est toujours à sec !

Miroir, mon beau miroir, ne vois-tu rien venir ?   

 

Donc, ma grosse tête en forme de cœur, vous l’avez compris, se justifie , tant j’y ai accumulé de connaissances. Je me propose de vous les faire partager, petit à petit, dans ces pages. Puisqu’il faut « AGIR », agissons !

Ps : AGIR est le journal communal biannuel

 

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